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Articles publiés en novembre 2015

Un préjugé éternel?

• Mise en ligne le 12 novembre 2015

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Matthieu Sauvé, M.A., ARP, FSCRP
Associé directeur, Zone franche

Les professionnels de l’information comptent très certainement parmi les acteurs de notre société qui, avec les auteurs, les poètes et les chercheurs, connaissent le mieux le poids et l’impact des mots.

C’est avec cette pensée à l’esprit que je réfléchis ce matin à ce que j’ai entendu sur les ondes de la radio de Radio-Canada un peu avant 6 h. S’agissant de la communication entourant ce qui s’appelle apparemment le flushgate à Montréal, un journaliste a affirmé cinq fois – bien comptées – en plus ou moins quatre-vingts secondes que la Ville de Montréal se livrait aujourd’hui à un exercice de « relations publiques ».

Un exercice d’information? Une opération de communication? Non, un exercice de relations publiques.

Loin de moi l’idée de faire un procès d’intention au reporter de la Société d’État. L’anecdote suscite toutefois une question inévitable, particulièrement quand on connaît la connotation négative de l’expression « opération de relations publiques » dans le milieu des médias.

Cette question : pourquoi le préjugé négatif largement répandu au sujet des relations publiques persiste-t-il encore avec autant de vigueur? Qu’est-ce qui explique que la perception qu’ont les professionnels de l’information à ce sujet ne semble guère évoluer? En fait, plus justement, pourquoi continue-t-on avec autant de détermination à laisser entendre à la population que les relations publiques constituent une pratique douteuse dont on doit se méfier?

En ce qui me concerne, cette condamnation est d’autant plus inexplicable qu’elle se vérifie de moins en moins sur le terrain.

En effet, aujourd’hui plus que jamais, les professionnels des relations publiques, de même que ceux de l’information, connaissent très bien – et respectent généralement – leur rôle et leurs responsabilités mutuelles, un état de situation qui permet d’avoir des relations quotidiennes habituellement fonctionnelles, tout en étant parfaitement conscient, de part et d’autres, des règles et des codes qui balisent ces relations.

On ne peut non plus ignorer qu’au cours des dernières décennies, les relations publiques se sont professionnalisées de façon remarquable, le métier ne s’apprenant plus « sur le tas » mais dans le cadre de programmes universitaires structurés.

Enfin, à l’heure où la société réclame – à juste titre – plus de transparence de la part des organisations, il est étonnant que l’on n’accorde pas davantage de légitimité à la fonction qui consiste justement à permettre à celles-ci de mieux structurer leurs relations avec leurs nombreux interlocuteurs.

Et de grâce, faisons l’économie de l’argument des méchants manipulateurs. Il ne se trouve guère de paniers de fruits qui n’en comptent pas au moins un qui est pourri.

Alors je continue à m’interroger. Non pas que l’exercice manque d’intérêt. C’est plutôt sa persistance qui me laisse perplexe, puisque j’ai l’impression d’écrire le même texte depuis 30 ans.

Comme le disait Woody Allen, l’éternité, c’est long… surtout vers la fin.

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