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Articles publiés en novembre 2014

Franchement …

• Mise en ligne le 21 novembre 2014

 

Monsieur Béland, je tiens tout d’abord à vous remercier de n’avoir pas rendu les professionnels des relations publiques responsables du scandale financier historique qui a provoqué la chute d’Enron. Car après tout, c’est bien la seule chose qui manquait à la lettre que vous avez signée dans Le Devoir le 21 novembre.

Je l’avoue bien candidement : j’ai toujours eu un immense respect pour la ténacité et la conviction avec laquelle vous avez longtemps véhiculé des valeurs d’équité, de solidarité et de justice sociale. Ma déception, à la lecture de votre inexplicable charge à fond de train contre les professionnels des relations publiques, que vous qualifiez avec une condescendance et un mépris à peine voilés de « communicateurs d’influence », n’en est que plus grande.

Dans un stupéfiant raccourci, pour ne pas dire un dérapage, qui tient en moins de deux paragraphes, vous associez la scandaleuse situation fiscale de Boeing et le rôle des communicateurs d’influence qui, selon vous, « visent à promouvoir des intérêts plus souvent économiques ou politiques, en utilisant comme levier l’opinion publique ».

Mieux encore, selon vous, ce sont ces mêmes communicateurs d’influence qui dictent les nouvelles valeurs universelles qui « ont redéfini la réussite et le progrès ». Je suis étonné du peu de foi que vous manifestez à l’égard de l’esprit critique de vos concitoyens.

Quand vous aurez pu me dire, sans rire, que vous-même n’avez jamais eu recours aux services de ces Machiavels des temps modernes que sont les communicateurs d’influence; quand vous aurez pu me dire, toujours sans rire, qu’aucun professionnel de la communication ne vous a jamais aidé à structurer votre pensée et à décliner celle-ci dans une allocution visant à convaincre vos contemporains du bien-fondé de votre point de vue sur un enjeu social, économique ou culturel quelconque alors que vous étiez à la tête du Mouvement Desjardins; alors à ce moment, nous pourrons avoir une discussion sérieuse.

Une dernière chose : la prochaine fois, peut-être pourrons-nous parler des hauts responsables financiers qui influencent le cours de l’économie à leur profit et qui, comme l’a suggéré il y a deux ans le professeur Clive R. Boddy, de l’université de Nottingham, ont une personnalité qui s’apparente à celle des psychopathes, soit des gens qui manquent de conscience, n’éprouvent que peu d’émotions et sont incapables d’empathie pour les autres.

Mais non, pourquoi s’attarder à un tel détail? Après tout, vous avez certainement raison. Ils ne sont probablement pour rien dans la multiplication des scandales financiers qui permettent aux spéculateurs de s’enrichir sur le dos des gagnepetits ou aux plus grandes entreprises de ce monde de faire ce que l’on appelle désormais élégamment de « l’évitement » fiscal à tour de bras. Ce sont sans doute les communicateurs d’influence qui sont responsables de ces dérives.

Désolé, monsieur Béland, mais vous n’avez pas tiré sur la bonne cible.

Acceptez l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Matthieu Sauvé

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